
Je soussigné Alexandre Arthur Enfantin Riffé de Cambray, né à St Mandé (Seine) le 8 août 1827,
fils reconnu de Monsieur Barthélémy Prosper Enfantin, enfant adopté par Madame Adélaïde
Thérèse Riffé de Cambray veuve MorIane me trouvant en ce moment sans héritier et sans parent
d'aucune sorte. Cette situation peut changer puisque je suis marié, et au moment de mon décès trois
cas peuvent se présenter comme suit :
1er où je laisserai un ou plusieurs héritiers directs, ma femme me survivra ou non.
2 eme où je ne laisserai pas d'héritier direct et ma femme me survivra
3 eme où je ne laisserai pas d'héritier direct et c'est moi qui aurai survécu à ma femme. Ces trois
situations différentes m'imposent obligation de disposer dès aujourd'hui de mes biens de toutes
sortes présents ou à venir de trois manières également différentes et j'ai en conséquence fait les trois
testaments ci-après absolument indépendants l'un de l'autre et exécutoires selon qu'au moment de
ma mort je me trouverai dans l'une ou l'autre des trois situations sus-indiquées et rappelées en-tête
de chacun d'eux.
Premier testament etc ....
Deuxième testament exécutoire dans le cas où je ne laisserai pas d'héritier direct et où ma femme
me survivra.
J'institue pour ma légataire universelle ma femme bien aimée, Anaïs Léonie Baboin à charge pour
elle d'exécuter les volontés ci-après exprimées.
I" payer à la société des amis de la famille une somme de 6000 francs libérée de tout droit de
succession.
2° verser au compte d'hoirie Enfantin ouvert dans la maison de commune de mon excellent ami
Gustave ArIès-Dufour une somme de 20.000 francs destinée à la propagation de la foi SaintSimonienne .
3° faire à chacun de mes neveux ou nièces par alliance un cadeau en argent égal pour chacun d'eux,
libéré de tout droit de succession et dont je lui laisse le droit le soin de déterminer la quotité
convenable ainsi que la date du paiement qui pourrait être la majorité légale pour ceux qui
l'atteindrait, les autres ne devront rien recevoir.
Je laisse à ma chère femme liberté absolue de s'inspirer comme bon lui semble des volontés
exprimées dans mon troisième testament pour disposer à sa mort selon son gré exclusif de tous les
biens provenant de ma succession.
Troisième testament etc ....
Fait à Lyon le 19 septembre 1874 dans ma 47ème année ayant conscience d’avoir toujours tout fait
dans la limite humaine pour le bonheur des autres. Je pardonne le mal qui m'a été fait et je demande
que l'on me pardonne celui que j'ai involontairement commis.
Si mes volontés dernières favorisent ma femme et mes
enfants, il ne faut en accuser que le défaut de
l'organisation sociale qui laisse à chaque individu un
devoir qui devrait appartenir à la société bien organisée.
Je suis né catholique par la volonté de ma mère bien
aimée et vénérée, mais depuis que j'ai âge d'homme, je
me suis entièrement séparé de cette religion égoïste et
trop barbare pour moi et je tiens à être enterré sans
assistance d'aucun prêtre, d'aucun culte, près de ma
mère et de ma fille dans le terrain que j'ai acheté dans le
cimetière de St Rambert d'Albon (Drôme) et près de ma
femme qui viendra m'y rejoindre si je n'ai pas eu le
malheur qu'elle m'y précédat.
Signé : Enfantin