Discours de M. Maxime Brenier de Montmorand

Victor Picat

Discours de Maxime devant la tombe de Victor Picat deuxième fils d'Henri André Vincent Picat, notaire à Saint-Marcelin (Isère) et frère ainé d'Henri Picat (alors étudiant à Polytechnique et futur général).


Messieurs,

Cette tombe, où l'on vient de coucher mon cher ami d'enfance, ne se fermera pas que je n'y aie jeté quelques mots de suprême adieu.
Messieurs, la vie s'ouvrait devant Victor Picat facile, heureuse, brillante. Par son intelligence, par son activité, par son aptitude aux affaires, il avait conquis votre estime ; en même temps que votre estime, il s'était gagné vos cœurs. Vous savez quelle affection l'entourait, quelle espérance reposait sur sa tête : ces espérances étaient devenues vôtres; vous preniez votre part de ses affections ; c'est qu'il était bien l'enfant de cette ville, où il avait voulu vivre, où il devait si tôt mourir.
Il tombe à 26 ans, après une longue agonie, après une lutte effroyable où fut vaincue sa jeunesse. Il tombe, frappé par un mal qui ne pardonne pas.
Messieurs, ne le plaignons pas trop; il n'a goûté de la vie que les joies, il n'en aura connu ni les désillusions, ni les tristesses. Il s'en va à l'âge où l'on espère et où l'on aime, où l'avenir est plein de promesses, où le passé n'a pas une larme.
Ne le plaignons pas trop ; les malheureux sont ceux qu'il laisse. Pour eux, les déchirements et les angoisses, la solitude et le deuil éternel. Quel soulagement leur apporter? Que leur dire? Après le coup terrible qui les abat, quelle consolation ne semble vaine !
Et pourtant, je voudrais que la dernière parole qui fut prononcée sur cette tombe fût une parole de consolation. Celui que j'ai vu sourire après d'épouvantables crises, celui qui, devant la mort, a montré un si ferme coeur ; celui-là m'approuve et m'encourage, lorsqu'en son nom je dis à ses parents : ne désespérez pas de la vie ; de grands devoirs vous y retiennent, de grandes affections vous y rattachent. Un fils vous a été enlevé : il vous reste un fils ! Il vous reste aussi des amis sincères.
Dors en paix, mon cher Victor. Repose, mon vieux camarade ; nous veillons sur ceux que tu aimais ! L'affection que nous saurons alors témoigner sera un dernier hommage rendu à ta mémoire, l'expression suprême de nos souvenirs et de nos regrets.